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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/469

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son royaume, — non, parce qu’il montra en cela plus de dignité et de patriotisme que Pétion, ainsi qu’on l’a dit ; mais parce que son gouvernement n’aurait pas pu supporter l’examen des hommes de cette nation, qui sont naturellement expansifs et qui auraient trouvé dans la similitude du langage, un moyen de communiquer leurs idées et leurs réflexions à ses sujets : danger qui n’existait pas pour lui avec les Anglais, les Américains et tous autres Etrangers, plus portés à se taire sur ce qu’ils voient chez les autres peuples.

Dans la République, gouvernée avec tant de sagesse et de bonté, Pétion n’avait rien à craindre de l’esprit frondeur des Français, parce qu’il savait que les citoyens se moqueraient d’eux, s’ils s’avisaient de leur faire la moindre observation. En les admettant, toutefois sous un autre pavillon que celui de la France, il obtint pour son pays le profit de leurs lumières personnelles, l’entrée de leurs livres et des professeurs pour l’enseignement de la jeunesse, des marchandises dont on avait conservé le goût ; et avec leur commerce, une concurrence utile à la vente des produits haïtiens et au développement de la production agricole. Il obtint enfin le retour dans la patrie, de nombreux citoyens que les événemens révolutionnaires en avaient éloignés depuis longtemps.

Il nous semble que de tels résultats ont mieux valu pour les Haïtiens, que ces ridicules prétentions de dignité royale dans lesquelles Christophe s’enveloppait, pour ainsi dire, pour repousser les Français et leur commerce. Il eût voulu que le gouvernement de France le reconnût, à priori, comme Roi d’Haïti, même dans les dépêches qui lui seraient adressées pour faire des ouvertures de négociations ; mais c’était demander l’impossible. Car, en le