Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/467

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Nous avons souvent comparé le gouvernement et l’administration de Pétion à ceux de Christophe ; mais il n’y a aucune comparaison, aucun parallèle à établir entre ces deux hommes. Ils étaient d’une nature essentiellement différente, et ils ont influé d’une manière tout à fait opposée sur les destinées de la portion du pays qui fut soumise respectivement à leur autorité. Pétion, guidé par le bon sens du génie politique et par la bienfaisance, a laissé des institutions durables qui l’ont emporté à la fin sur celles que Christophe avait fondées, parce que ce dernier ne se laissait guider que par la vanité et l’orgueil, et le désir de dominer ses semblables, par l’étroit égoïsme que ces vices engendrent. Pétion a fait le bonheur du peuple par la liberté : Christophe l’a rendu misérable à force d’oppression.

« Christophe avait de grandes vues pour introduire la civilisation en Haïti, » ont dit ses aveugles admirateurs qui se sont étayés surtout sur son ordonnance relative à l’instruction publique, et sur la présence dans le Nord de quelques étrangers qu’il fit venir à cet effet. Mais cette ordonnance ne fut qu’un acte de pure complaisance

    lègues, de nous réunir tous trois pour proposer au président Pierrot d’ordonner l’érection d’une tombe dans la citadelle, afin d’y placer ces ossemens d’un homme qui avait été un tyran cruel, il est vrai, mais qui fut un des chefs remarquables du pays. Cette proposition fut accueillie et la tombe préparée, au milieu de la place d’armes. L’avènement du président Riché empêcha l’opération, qu’il fit ensuite exécuter, en janvier 1847, par mon frère C. Ardouin, secrétaire d’État de l’intérieur : lui et A. Dupuy, secrétaire d’État de la guerre, en firent la proposition à Riche.

    À ceux qui blâmeraient la mienne, je répondrais : — « Ministre de la Justice, je dus croire qu’il était de mon devoir de faire donner la sépulture aux restes d’un grand criminel, ainsi qu’on le fait pour tous autres qui sont frappés par la loi. — Ministre de l’Instruction publique, il était encore dans mes attributions de provoquer une mesure qui tendait à inspirer des idées morales, en éloignant jusqu’à l’apparence de la vengeance dans l’état où se trouvaient ces ossemens, pour laisser à l’histoire et à la postérité leur mission de juger la mémoire de Henry Christophe. — Enfin, Ministre des Cultes, je ne devais pas oublier que la Religion commande de laisser à Dieu la punition finale des coupables, et que