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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/455

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Roi ou se cacher, tandis que Riche et la plupart des autres officiers fraternisèrent avec ceux du Cap. Toutes ces troupes réunies se disposèrent alors à marcher sur Sans-Souci.

Après le départ de sa garde, Christophe était resté dans la même position sur la galerie ; il avait ses deux filles auprès de lui, les princesses Améthyste et Athénaïs. Son agitation, ses inquiétudes augmentaient à chaque instant ; car il ne savait pas quelle serait l’issue de la marche de sa garde contre les révoltés, et il apercevait les tourbillons de fumée qui prouvaient l’incendie des cannes de ses diverses habitations. À tout moment, il ordonnait à un officier de charger ses armes, à d’autres d’aller s’enquérir des nouvelles. La nuit survint, et un jeune officier arriva au palais et lui apprit que sa garde avait fait défection, qu’on allait se porter contre lui. Il était alors dans sa chambre : il fit appeler sa femme et ses enfans, et leur donna les derniers témoignages de sa tendresse, en leur disant de se retirer et de le laisser avec ses valets. Par ses ordres, ceux-ci lui donnèrent de l’eau pour se laver les mains et les bras, puis du linge blanc[1]. Ces préparatifs annonçaient certainement sa résolution de se suicider ; et vraiment, dans la situation désespérée où il se trouvait, il n’eût pas convenu que sa famille même cherchât à l’en détourner. Quand il eut reçu ces choses de ses valets, il les renvoya de sa chambre. À peine en étaient-ils sortis, qu’on entendit la détonation d’une arme à feu : Henry Christophe avait mis fin à ses jours, en se donnant un coup

  1. La Concorde, Nº 4. Par cette ablution et ce linge blanc, il semble que Christophe croyait se laver de tous ses crimes et paraître devant Dieu avec le costume de l’innocence.