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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/453

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un Tyran, si elle n’est pas précédée de ces circonstances qui l’humilient, qui portent le désespoir dans son âme ? C’est là ce qui constitue la moralité qui ressort comme enseignement dans l’histoire des nations. Quand elles ont le malheur d’être opprimées par leurs chefs, il faut qu’elles puissent nourrir l’espérance qu’un jour arrivera où Dieu punira ainsi ces pervers de leurs exécrables forfaits.

Toutefois, Henry Christophe était doué de trop d’énergie, d’un caractère trop impérieux, pour s’avouer à lui-même que son règne abhorré était fini. Reconnaissant que sa paralysie s’opposait à ce qu’il montât à cheval pour aller combattre ses sujets révoltés, il imagina un moyen extrême de donner à ses membres la vigueur dont ils étaient privés. Il se fit faire un bain de rhum et de piment dans lequel il se plongea pendant une heure ; et durant ce temps, ses serviteurs lui faisaient des frictions avec de la flanelle. Le remède d’invention royale produisit l’effet désiré ; il sortit du bain, tout joyeux de l’idée d’être en mesure de se mettre à la tête de sa garde haïtienne et d’aller détruire les révoltés du Cap[1]. Après s’être habillé militairement et avoir fait venir son cheval, il sortit de sa chambre. Mais une grande stupéfaction lui était réservée au-dehors : frappée comme d’un coup de foudre au grand air, Sa Majesté s’affaissa et tomba sur les genoux, en présence de toute sa garde. Elle semblait demander pardon à Dieu de tous ses crimes. Il fallut enfin emporter cette personne sacrée sur son lit où elle fut déshabillée.

  1. De toute sa maison militaire, composée d’artillerie à cheval, de gardes du corps, d’infanterie et de chevau-légers, ces derniers seuls avaient d’abord pris part à la révolte du Cap ; mais cette cavalerie était le corps le plus redouté dans le Nord.