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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/433

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Jamaïque. La frégate était escortée par le brig l’Ontario. L’accueil que Sir Home Popham reçut du Président de la République fut des plus distingués, sans avoir le faste royal de celui qu’il avait reçu au Cap et à Sans-Souci. Le président devait cette haute considération et ces égards à l’amiral qui avait si bien accueilli lui-même ses envoyés, en 1818. Il le fit loger dans sa belle maison de la rue du Centre, qu’il venait de quitter pour habiter le palais de la présidence : toute la suite de l’amiral y logea également. Le colonel Lerebours fut chargé d’être à ses ordres, de lui faire les honneurs pendant son séjour ; il était secondé par le chef de bataillon Lechat fils et d’autres officiers d’état-major.

Aux propositions que lui fit Sir Home Popham, comme s’il ne venait pas du Cap, mais de la Jamaïque et de sa propre initiative, le président répondit qu’il ne pouvait oublier son devoir et faire la paix avec un rebelle à la constitution et aux lois de la République, qui avait allumé la guerre civile pour satisfaire à son ambition ; qui avait fait verser des flots de sang, en immolant à sa fureur des milliers de victimes parmi les populations soumises à ses ordres ; qui n’était, enfin, qu’un exécrable tyran dont la domination s’anéantirait avant longtemps. « En moins d’un an, ajouta-t-il, sa tyrannie aura cessé, comme l’insurrection de la Grande-Anse qu’il avait encouragée ; et les Haïtiens de l’Artibonite et du Nord se réuniront à leurs frères de l’Ouest et du Sud. Christophe est réduit à une complète impuissance ; car en venant à Saint-Marc, il y a deux ans, il n’a pas osé aborder nos frontières : ses troupes l’auraient abandonné pour se ranger de notre côté. » Boyer n’en remercia pas moins