Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/420

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


abandonnèrent tout à fait l’église paroissiale pour n’aller qu’à la chapelle. Les autres paroissiens, qui laissaient à l’abbé Gaspard la responsabilité de ses actes devant Dieu, devinrent ses partisans, à cause de la violation de sa juridiction : de là sortirent les sobriquets de Marionnettes et de Gasparites, appliqués aux uns et aux autres selon qu’ils allaient à la chapelle ou à l’église, et les chansons populaires vinrent encore y ajouter. À la fin, le dissentiment devint querelle entre toutes les bonnes âmes de la capitale ; les familles furent profondément divisées entre elles. Alors Pétion fit défendre à l’abbé Marion de quitter sa paroisse pour venir officier à la capitale ; car les hommes, en général, les militaires surtout, étaient devenus les partisans de l’abbé Gaspard : on menaça Toulmé de briser sa maison, on y jeta même des pierres pendant la nuit.

Quelque temps après, l’abbé Marion mourut à Léogane ; mais cet événement ne rallia pas à l’église paroissiale les fidèles qui avaient suivi la bannière de ce prêtre, et les divisions religieuses continuèrent entre les habitans de la capitale.

Dans ce regrettable état de choses, un nouveau prêtre catholique y arriva au commencement de cette année 1819. C’était un Irlandais nommé Flime, mais qui se présenta sous le nom de Jérémie. Il paraît qu’il avait fait partie de l’ordre religieux de la Trappe, qu’il avait servi aux États-Unis ensuite, dans le diocèse de Baltimore, et dans les îles du Vent.

De quelque endroit qu’il vînt à Haïti, il arrivait dans un moment très-favorable pour faire cesser le schisme qui existait au Port-au-Prince. L’abbé Gaspard était devenu presque aveugle et n’en pouvait plus desservir la