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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/419

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si naturellement, était loin d’être dans la situation qu’il désirait pour elle, et nous en avons souvent dit la cause. À la capitale de la République même, sous les yeux du gouvernement, une sorte de schisme religieux existait depuis plusieurs années entre les paroissiens, et voici à quelle occasion.

L’abbé Gaspard, curé de la paroisse, possédait sans doute l’une des plus belles vertus du chrétien, — la charité, — qu’il exerçait avec générosité envers tous et surtout les pauvres, avant que les droits curiaux eussent été confiés à la surveillance du conseil de notables établi en 1817 ; car il en percevait tous les revenus. Mais cet ecclésiastique ne se faisait nul scrupule de s’abandonner à certaines passions incompatibles avec la sainteté de son ministère. Il en était résulté que presque toutes les familles honnêtes ne pouvaient remplir leurs devoirs catholiques, et que parmi elles il y en eut qui s’adressèrent à l’abbé Marion, curé de Léogane. Ce prêtre français était âgé et d’une conduite convenable à son état : ces personnes ne pouvant se transporter à Léogane, il venait de temps en temps au Port-au-Prince pour exercer son ministère à leur égard. Il trouvait chez Toulmé, secrétaire rédacteur du sénat, un oratoire qui, insensiblement, avait fini par devenir une chapelle, par le zèle pieux des personnes qui s’y rendaient. C’était, de sa part, empiéter sur la juridiction spirituelle du curé du Port-au-Prince. Celui-ci réclama contre son confrère qui passa outre ; et bientôt, la querelle prit entre eux toutes les proportions d’une question de nationalité : c’était le Français opposé à l’Espagnol. L’autorité ne se prononçant pas encore, parce qu’il lui répugnait de froisser les sentimens religieux des familles qui préféraient l’abbé Marion ; celles-ci