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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/369

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plus de bons du trésor en circulation ; c’est-à-dire, les feuilles d’appointemens des fonctionnaires, les ordonnances en dépenses pour fournitures à l’Etat, etc., dont les commerçans trafiquaient par un agiotage ruineux auquel les porteurs étaient soumis[1].

Boyer fixa encore l’attention publique par une autre mesure d’ordre qu’il prit le 7 avril : il fit publier un avis par le secrétaire général, qui accorda un jour d’audience par semaine, où le public serait admis à se présenter pardevant le Président d’Haïti, le dimanche étant exclusivement consacré aux fonctionnaires. Comme bien des gens avaient contracté l’habitude daller presque chaque jour au palais, sans y avoir affaire, et d’autres pour solliciter une foule de choses de Pétion, — ce que souffrait sa patiente débonnaireté[2], à partir de cet avis, les flâneurs durent se résigner à s’abstenir de troubler le travail du chef de l’État : de là néanmoins quelque mécontentement fort injuste de leur part.

L’ouverture de la 2e session de la Chambre des représentans eut lieu le 13 avril : dans leur discours, les deux

    américain. Obligé de payer ce qu’il devait a l’État et ayant pris des particuliers des sommes considérables à gros intérêts, il fit banqueroute.

  1. Abeille haïtienne du 16 août.
  2. Indépendamment des habitués de la capitale, les visiteurs de la campagne affluaient au palais par rapport aux dons nationaux. Un jour, l’un d’entre eux demanda à Pétion une concession, et il lui dit de présenter une pétition en désignant l’habitation de son choix pour l’avoir. Le solliciteur revint ensuite avec la pétition qui désignait le verger de Volant le Tort, propriété de Pétion. Celui-ci rit beaucoup de cette demande étrange ; mais soupçonnant que le campagnard avait été égaré par l’écrivain de la pétition, il lui dit : « Comment, mon ami, vous voulez que je vous donne mon beau verger où j’ai planté moi-même des arbres auxquels je tiens tant ? — Non, président, je ne vous demande qu’une concession de terre. — Qui donc a écrit la pétition pour vous ? — C’est un vieux mulâtre nommé Leriche ; il m’a demandé vingt gourdes pour la faire. — Eh bien ! allez lui dire que le président ordonne qu’il vous remette ces vingt gourdes, sinon il sera mis en prison. Revenez ensuite auprès de moi, et je vous donnerai 5 carreaux de terre sur une bonne habitation. » On conçoit bien que le vieux mulâtre s’exécuta aussitôt.