Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/367

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tion. On trouvait que Boyer avait des défauts, — ce qui était vrai, — en ce que, par son caractère ardent, il était susceptible de vivacités, et que par son esprit brillant, il était souvent mordant à l’égard de ses adversaires ; mais on savait aussi qu’il avait un cœur droit, et cela suffisait pour faire espérer qu’il serait modéré dans l’exercice de son pouvoir. Cet espoir fut en effet justifié.

Il maintint dans leurs charges les trois grands fonctionnaires, Imbert, Sabourin et Inginac[1]. Chacun d’eux avait des titres à sa considération ; et en respectant ces choix de son prédécesseur, de même que dans les commandans d’arrondissement et autres fonctionnaires publics, il rallia à lui tous ces agents de l’administration politique et civile.

Le 2 avril, le nouveau Président d’Haïti commença la sienne par un acte d’humanité, « en imitant, disait-il, la bonté qui caractérisait toutes les actions de son illustre prédécesseur. » Il ordonna l’élargissement de tous les prisonniers détenus pour diverses causes correctionnelles et criminelles, à l’exception de celles qui emportaient la peine de mort. Même les détenus pour dettes, par suite de la contrainte par corps, durent être élargis, à condition de fournir caution à leurs créanciers[2].

  1. Les préventions antérieures de Boyer à l’égard d’Inginac ne suffisaient pas pour l’exclure de cette grande charge où il pouvait être difficilement remplacé d’ailleurs, à cause de sa capacité incontestable ; et son patriotisme égalait ses hautes facultés.
  2. Par cette dernière disposition de son ordre, non-seulement le président excédait ses pouvoirs, mais il se créait des embarras en statuant sur des affaires d’intérêt entre des particuliers. Il ne tarda pas à intervenir dans un procès qui eut lieu entre Doran et Sureau, négocians anglais et français : procès qui dura plusieurs années, par l’esprit de chicane qui animait Doran. Ce fut lui qui réclama cette intervention du président, et il finit par réclamer aussi celle du gouvernement britannique contre Boyer, pour en obtenir 500 à 600 mille piastres comme dommages-intérêts de la prétendue violation de son droit. Ce serait toute une histoire à relater, car elle ne prit fin qu’à la mort de Doran, arrivée en 1843 ; alors, il réclamait encore cette somme du gouvernement haïtien, responsable, selon