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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/366

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à vos précieux travaux ; plus le salaire vous sera avantageux, plus mon âme sera satisfaite : rien de ce que mon auguste prédécesseur avait établi ne peut ni ne doit être altéré. La conservation de la République repose sur le droit sacré des propriétés : que le maître d’un a carreau de terre, comme celui de cent, se croie égal aux yeux de la loi, et qu’il soit le souverain de sa possession. Que le commerce se livre sans inquiétude à ses spéculations : celui de la République, celui des étrangers seront protégés… [1] »

Ce langage, rassurant pour toutes les classes de la population, était digne du successeur de Pétion et devenait une garantie que, placé désormais à la tête de la nation, il marcherait sur ses traces, ainsi qu’il le promettait. Boyer arrivait à la présidence à l’âge de 42 ans ; il était plein de santé et d’activité et d’un tempérament qui s’y prêtait admirablement ; habitué au travail de l’intelligence, il avait acquis une grande expérience des affaires de son pays par son intimité avec le noble défunt. Cet attachement qu’il lui avait toujours montré, ses lumières, ses antécédens libéraux, l’amour de la gloire qui paraissait l’animer : tout portait à croire qu’il voudrait se distinguer honorablement, et d’autant mieux, qu’il avait eu des adversaires capables qui le jalousèrent dans la carrière qu’il parcourut auprès de Pétion, et qui, pour justifier leur opposition, aimaient à dire que ses facultés militaires et politiques étaient au-dessous de son ambit-

  1. Cette proclamation fut rédigée par le grand juge Sabourin. Bien que le président l’eût approuvée et signée, il avait ordonné au directeur de l’imprimerie de lui faire envoyer une épreuve de cet acte : cet ordre fut exécuté. La proclamation commençait par ces mots : « Le Président d’Haïti n’est plus !… » En lisant l’épreuve, Boyer dit, avec raison : « Alexandre Pétion n’est plus ! Mais le Président d’Haïti existe : c’est moi. » Et il fit corriger l’épreuve par l’employé de l’imprimerie qui la lui avait apportée : ce fut le seul changement qu’il y fit.