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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/360

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tout, se formât en faveur de celui qu’ils auraient désiré voir appelé à la présidence. À cause des traditions du pays et de la guerre civile subsistante, c’était nécessairement parmi les généraux qu’il devait être pris : de là l’influence que l’opinion des militaires devait aussi exercer sur ce choix. Or, il est certain que deux corps de la garde du gouvernement, — le régiment d’infanterie et les chasseurs à cheval, — partageaient en majorité l’opinion de leurs colonels Eveillard et Quayer Larivière en faveur du général Borgella, tandis que le régiment des grenadiers à cheval commandé par le colonel Carrié, suivait son opinion favorable au général Boyer. Parmi les autres troupes de la garnison du Port-au-Prince, on a cité le 10e régiment comme partageant aussi cette pensée, et d’autres comme indécises. Nous rapportons ici ce qui fut dit à cette époque.

Il y avait trop de chances favorables à Boyer, de parvenir au pouvoir, pour qu’il n’usât pas en cette circonstance de l’influence de sa position, afin d’obtenir la première magistrature de l’État, que sans nul doute il avait toujours ambitionnée, en cas seulement de la mort naturelle de Pétion. Il ne faut pas plus en accuser son ambition que celle de quiconque se fût trouvé à sa place : ce sentiment, ce désir est trop vivace dans le cœur humain, pour qu’il encourre le moindre reproche. Depuis longtemps, il était l’ami intime de Pétion, il connaissait toutes ses pensées, toutes ses vues politiques. Tandis que d’autres capacités avaient fait opposition à son gouvernement, il était resté fidèle au président et avait obtenu sa confiance, le commandement de sa garde et celui de l’arrondissement du Port-au-Prince qui en faisaient pour ainsi dire son lieutenant dans la République ; ce qui était