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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/36

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Les matelots du Coureur étaient Haïtiens, de même que le capitaine de ce brig ; mais un capitaine américain montait à bord pour le conduire à bon port. Cet équipage, parfaitement habillé et bien nourri, se conduisit avec une discipline admirable : ce qui contribua au succès de la tentative. Il faut dire aussi que la réputation de Pétion était faite depuis longtemps dans les États du Nord, par la loyauté de sa conduite envers Jacob Lewis, et qu’elle assura ce succès plus que toute autre chose : tant il est vrai de dire, que les nations gagnent à être gouvernées par des hommes respectables ! Le Coureur revint bientôt, tout joyeux de son excursion au sein de cette République, où les droits de la race noire sont encore si méconnus.

En même temps que le chef de l’État obtenait cet avantage pour son pays, et proposait au sénat d’établir un hôtel des monnaies pour retirer de la circulation la petite monnaie dite d’Haïti, en créant d’abord des billets de caisse de différentes valeurs pour faciliter cette opération, — le sénat, par son message du 28 octobre, l’autorisait à modifier le prix d’estimation de plusieurs propriétés du domaine public, mises en vente, dans le but d’avoir des métaux de bon aloi pour la fabrication de la nouvelle monnaie nationale. Les premières estimations avaient été trop élevées par la commission chargée de les faire ; les soumissionnaires réclamèrent une réduction, vu qu’il fallait payer en métaux rares dans le pays où circulait une monnaie excessivement dépréciée, à cause de la fabrication populaire dont il a été parlé dans le précédent volume. L’équité exigeait cette réduction ; mais en même temps, le président dut veiller à ce qu’il n’y eut pas des estimations en sens contraire, au détri-