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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/353

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instructive, ressort nécessairement de la fin si triste de Toussaint Louverture, mise en parallèle avec celle d’Alexandre Pétion : — c’est que les chefs des nations gagnent à suivre la voie que Dieu leur a tracée comme à tous les autres hommes. Il leur a donné la raison pour les guider dans le bien, la conscience pour les avertir d’éviter le mal : c’est à eux de se conformer aux préceptes de la morale universelle, que l’une et l’autre conseillent de pratiquer.


Après ce parallèle qui représente Pétion supérieur à son devancier, et si influent sur les destinées de son pays, nous croyons devoir communiquer à nos lecteurs l’opinion qui a été émise, peu de temps après sa mort, par quelques hommes de cette époque.

Ils ont dit que, pour sa gloire personnelle, Pétion était mort à temps, qu’il était à bout de son système de gouvernement ; et ces paroles, rapportées à l’étranger, en même temps que les circonstances passées dans sa dernière maladie, ont motivé les assertions produites dans plusieurs ouvrages que nous avons sous les yeux[1].

  1. Parmi les auteurs étrangers, Pamphile de Lacroix a dit, tome 2, p. 265 et 266 :

    « Quant à Pétion… je prédis alors ses destinées ; il les a remplies. Il paraît, au reste, qu’il est mort à temps pour ne pas décliner. Dégoûté des choses de ce monde, il était tombé dans l’apathie, et n’avait plus l’activité d’âme nécessaire au créateur et au directeur d’un système politique… Il s’est jeté dans le monde imaginaire de Platon, et dans l’aberration de ses facultés, a pourtant conservé assez de volonté pour se laisser mourir de faim. Sa mort a consolidé la république… »

    Après lui, M. Lepelletier de Saint-Rémy a dit aussi, t. 1er, p. 205 et 206 :

    « Pétion gouverna jusqu’en 1818. Quoiqu’il n’eût que 48 ans, l’énergie de son âme s’était affaiblie, tandis que son intelligence, restée saine, lui révélait sa décrépitude hâtive… Aucune foi religieuse n’étayant sa faiblesse, il se laissa mourir de faim comme un sophiste grec. »

    Ainsi du reste ; chacun broda a sa guise sur le canevas que leur fournirent des Haïtiens, ou des Étrangers présens dans le pays au moment de la mort de Pétion. Il est inutile de réfuter ces assertions erronées.