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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/35

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autres de ses compatriotes et des citoyens des États-Unis, tous commerçans, il n’avait pas couru plus qu’eux le danger qui atteignit alors les Français ; et aucun de ces étrangers n’avait été compris parmi ces derniers qui furent conservés et reconnus Haïtiens par Dessalines ; il n’avait donc aucun droit à réclamer cette qualité. Il est évident, en outre, que cette phrase, dans l’article 28 de la constitution : « et ceux qui sont admis dans la République, à la publication de la présente constitution, » avait une forme ellyptique, qu’elle signifiait : « et ceux qui sont admis comme Haïtiens…  » bien entendu, par les lettres de naturalisation délivrées par Dessalines.

En conséquence de la saine et judicieuse interprétation de cet article de la constitution, faite par le Président d’Haïti et le Sénat, O. Carter dut renoncer à ses prétentions.

À peu près au moment où cette question vitale se décidait ainsi, le président mit à exécution le projet qu’il conçut de faire paraître le pavillon de la République dans les hautes mers, afin de sonder les dispositions des puissances étrangères envers Haïti. À cet effet, il fît charger de cafés et d’autres denrées le brig de l’État Le Coureur qu’il expédia aux États-Unis. Archibald Kane, négociant de ce pays, établi au Port-au-Prince depuis longtemps, se prêta à cette combinaison : il jouissait de la confiance de Pétion à qui il était lui-même dévoué. La cargaison passa pour être sa propriété, et les nobles couleurs de la République d’Haïti allèrent flotter dans le port de New-York où elles furent respectées, tout en attirant la curiosité des citoyens de l’Union[1].

  1. Je dis New-York, sans être bien assuré si ce ne fut pas plutôt à Boston : peu importe d’ailleurs, le navire fut bien reçu dans le port où il se présenta.