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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/345

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du sang des hommes naguère en communauté d’intérêts avec lui. En embrassant la cause de la révolution, ce ne fut qu’avec l’arrière-pensée de revenir à ses premières idées, dès que les circonstances le lui permettraient. Il devint sans doute un guerrier, un capitaine redoutable, et pour les Espagnols et pour les Anglais ; il leur reprit successivement toutes les parties du territoire qu’ils avaient envahies. Mais, plus il se distingua sous ce rapport, plus il parut à Laveaux et au gouvernement français d’alors, propre à être l’agent de la réaction conçue contre les droits civils et politiques proclamés dans la colonie : ses antécédens mêmes furent une garantie qu’il serait docile à ce projet. Il l’adopta pour favoriser lui-même l’exécution de son arrière-pensée, qui devenait le but à atteindre dans le plan du Directoire exécutif, désormais livré aux intrigues des colons. Il accueillit encore ce plan, comme un moyen de parvenir au suprême pouvoir qu’il ambitionnait. Il sacrifia tout dans ce dessein, même ses protecteurs devenus les instrumens de son élévation, en faisant preuve de toute la duplicité de son humeur hypocrite. Satisfait, orgueilleux de son rang de général en chef de l’armée coloniale, il se fît l’agent le plus actif des vues liberticides de la métropole, par son influence sur les masses qu’il prépara, par ses mesures et à leur insu, à être replacées dans leur ancienne condition. Et quand la métropole voulut briser le seul obstacle qui s’opposait à ses propres vues, qu’elle alluma le feu des discordes civiles, Toussaint se livra aux excès des plus grands crimes pour rester vainqueur de Rigaud et de son parti. Victorieux, dominant sans partage sur son pays, c’est alors qu’il exécuta le plan qu’il eut toujours en vue, en favorisant les colons de toutes nuances d’opi-