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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/314

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justifier sa conduite et ses actes politiques, objet d’une accusation de complicité à tout ce que la révolution de 1843 imputait à l’ex-président Boyer ; il était donc impossible qu’il s’abstînt de parler d’une foule de faits historiques, auxquels il prit part dans la haute position où il s’était trouvé placé sous Pétion et Boyer, ou dont il fut témoin. Bien que le dernier passage que nous venons de citer semble empreint d’un certain ressentiment qui expliquerait ce qu’il impute à Boyer dans le précédent, nous ne devons pas scruter l’intention qu’il a pu avoir, parce que nous avons nous-même à porter témoignage sur ce qui se rattache à cette imputation. Il faut que l’on remarque aussi que, dans nos investigations actuelles, nous ne cherchons qu’à saisir le sens des paroles que Pétion aurait prononcées, et qu’il importe à l’histoire de préciser, autant que possible, les circonstances qui ont rapport à sa mort.

Au surplus, nous ne pensons pas qu’il nous faille faire ici une profession de foi relativement à nos propres sentimens pour le président Boyer, dont nous avons défendu le gouvernement, quand il était attaqué par l’Opposition qui le renversa, et en faveur duquel nous espérons dire encore bien des choses ; mais aussi, au point de vue de l’histoire, ce que nous savons, ce que nous avons entendu, nous ne pouvons le taire ; et voici à quelle occasion[1].

  1. Je dois déclarer ici, une fois pour toutes, que si en ma qualité d’homme public, de sénateur, mes convictions raisonnées et mes sentimens me portèrent à défendre le gouvernement du président Boyer, aujourd’hui je comprends que j’ai une autre mission a remplir, en étudiant l’histoire de mon pays.

    Le public haïtien doit comprendre aussi la différence qui existe entre ces deux situations. Le fonctionnaire résiste aux tentatives d’une révolution dont il prévoit les suites funestes ; — celui qui écrit une histoire doit rechercher les causes des événemens, les apprécier avec impartialité, en disant tout ce qui est parvenu à sa connaissance.