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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/298

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d’Haïti ne devait pas vouloir sincèrement d’un état de choses qui y eût été tout-à-fait contraire[1]. Aussi, même en cédant à ce qui paraît avoir été pour lui une nécessité politique, — à raison de la distribution des terres et de l’aliénation générale des biens domaniaux dans la République d’Haïti, — il ne fut pas aussi libéral que Pétion.

Ce dernier, en distribuant des concessions gratuites, avait fait vendre aussi les biens à bas prix, afin que les acquéreurs pussent payer immédiatement et entrer en jouissance, entière et incommutable des propriétés acquises. Mais, par son édit, Christophe faisait vendre les biens à un prix si élevé, et vu aussi la pauvreté de la majorité de ses sujets, qu’il accorda aux acquéreurs 15 et 20 années pour se libérer entièrement. Cette manière de procéder avait l’air de favoriser le grand nombre parmi eux ; mais, au fond, il étendait les droits du domaine à longue échéance, par l’hypothèque dont les biens restaient grevés. En cas de non-payement d’un terme, l’acquéreur était poursuivi rigoureusement en justice, — justice royale bien connue de tous. Cependant, ceux qui pouvaient payer de suite ou par anticipation, étaient admis à le faire. Tout acquéreur devait commencer par se libérer préalablement de toutes redevances du fermage antérieur.

Le fermier d’un bien rural qui en devenait acquéreur versait dans les magasins du Roi, en nature et au prix du cours, le quart de ses produits annuels en acquittement de sa dette ; il y versait encore un autre quart prélevé par l’État ou le Roi, à titre de subvention territoriale ; un troisième quart revenait aux cultivateurs du

  1. Par la même raison, il ne pouvait pas désirer que ses sujets fussent éclairés par l’instruction, afin de ne pouvoir examiner et discuter ses actes.