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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/297

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l’urgente nécessité de cultiver les connaissances qui éclairent l’esprit : la force conquiert, mais c’est l’intelligence seule qui peut conserver. C’est en vain qu’ils s’enorgueilliraient d’être les descendans d’une race si longtemps persécutée, s’ils ne s’efforçaient de délaisser, par exemple, les superstitions grossières que, malheureusement, son ignorance profonde a implantées sur son sol primitif, pour adopter et pratiquer les croyances qui ont tant contribué à la civilisation des peuples de la race blanche.

Pétion avait donc raison de faire tenir ce langage persuasif à ses concitoyens, pour les engager à livrer leurs en fa us aux soins des instituteurs qu’il choisit. Aussi est-il sorti du Lycée national du Port-au-Prince, des jeunes gens éclairés qui, parvenus à l’âge mur, ont occupé ou occupent encore aujourd’hui, avec distinction, de hauts emplois dans l’État. Et honte à ceux qui, parmi les Haïtiens, ne comprendraient pas ce qu’ils doivent de gratitude et de respect, à la mémoire du chef qui fît tout pour leur bonheur individuel et celui de la patrie !

Dans le même mois de mars où il régularisait les études à suivre au Lycée national, son royal adversaire publiait un édit pour la vente générale de tous les biens du domaine public dans le Nord. Dix années s’étaient écoulées depuis que Christophe en avait eu la pensée, et il avait suspendu cette mesure par un caprice de sa volonté absolue, en se fondant sur de prétendues circonstances majeures. Le fait est, qu’il avait réfléchi que la propriété est réellement ce qui rend les hommes libres, par l’indépendance personnelle qu’elle leur assure dans la société civile. Or, comme son système politique était d’assujétir son peuple à son autorité arbitraire, le Roi