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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/296

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et mères de famille furent invités à les placer dans cet utile établissement, qui devait incessamment recevoir un plus grand développement, par l’édifice que le Président d’Haïti se proposait de faire construire à cet effet. Pour les y convier, le secrétaire du chef de l’État leur disait :

« Sur les ruines de l’esclavage, s’élève, comme l’astre dispensateur de la lumière du sein des ténèbres, la République d’Haïti, offrant aux regards étonnés de l’univers, le spectacle consolant de la Liberté, planant sur la plus belle des Antilles ; de la Liberté secouant le flambeau du génie sur les descendans des fils du Désert, du Sahara, du Congo et de la Guinée, cruellement arrachés par l’avaricieuse cupidité à leurs familles éplorées… Haïtiens, vous êtes l’espoir des deux tiers du monde connu : si vous laissiez éteindre le foyer de la civilisation que la Liberté a allumé dans votre île, le grand œuvre de la régénération refoulerait, peut-être jusqu’à l’éternité, et votre nom serait aussi longtemps l’opprobre des générations futures… Mais non, vous méritez, et vous le prouvez chaque jour, vous méritez le beau titre de Régénérateurs de l’Afrique… [1] ».

On ne pouvait dire en un plus beau langage, des vérités dont il importe tant aux Haïtiens de se pénétrer. En effet, c’est en vain qu’ils s’enorgueilliraient de leur gloire acquise sur le champ de bataille, lorsqu’il leur fallut conquérir leurs droits, s’ils n’étaient convaincus de

  1. Le 1er août suivant, Colombel, autorisé par Pétion, fonda avec J.-S. Milscent, natif du Nord et revenu de France, l’Abeille Haïtienne, journal-revue paraissant tous les quinze jours et qui s’imprimait au Port-au-Prince. C’était un excellent recueil littéraire, par le talent de ses rédacteurs et son esprit libéral et modéré. Milscent ne tarda pas à être l’objet de l’envie et de la jalousie de quelques écrivains médiocres, notamment Béranger, esprit atrabilaire, qui s’appelait lui-même le Sauvage malfaisant, depuis que l’écrit publié à Kingston, en 1814, s’était servi de cette expression en parlant des Haïtiens, de même que la lettre de D. Lavaysse à Pétion.