Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/268

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui apprenait au commerce haïtien que, d’après des communications faites au gouvernement, les ports d’Autriche, notamment Trieste, étaient ouverts aux navires portant pavillou haïtien[1].

Quelques jours auparavant, le 30 octobre, le grand juge Sabourin avait adressé aux divers membres de l’ordre judiciaire, une circulaire tendante à leur rappeler leurs devoirs respectifs, à les engager à les remplir avec dignité et régularité, vu leur importance dans toute société organisée qui veut parvenir à la civilisation. Cet acte fut écrit dans un langage remarquable par sa modestie, son ton persuasif et le patriotisme qui distinguait ce digne ami de Pétion.

Enfin, le 25 novembre, le secrétaire d’Etat Imbert fit paraître un avis au commerce étranger, pour l’inviter à cesser un abus contraire aux droits du cabotage haïtien. Des négocians faisaient opérer, par les navires étrangers, le transport des denrées du pays d’un port ouvert à un autre, en contravention à la loi du 21 avril 1807 qui réservait ce genre de navigation aux caboteurs nationaux, et prescrivait la confiscation de tous navires contrevenans et de leurs cargaisons. Pour qu’un tel avis fût devenu nécessaire, il a fallu que les fonctionnaires de l’ordre financier, et même Imbert, leur chef depuis 1810, eussent considéré la loi de 1807 et l’arrêté du Président d’Haïti, du 30 décembre 1809, comme tombés en désuétude, puisqu’ils avaient souffert les actes signalés par cet avis ;

  1. Dans le temps, j’entendis dire que c’était une ruse politique de Pétion, pour prouver aux commissaires que l’indépendance d’Haïti était un fait admis, même par l’un des membres de la Sainte-Alliance. D’autres personnes attribuaient l’idée de cet avis, comme une espièglerie, à B. Inginac qu’elles appelaient le Metternich haïtien, à cause de son absolutisme connu et de sa haute capacité. Cependant, il offrait au public la communication des dépèches officielles reçues à ce sujet, en date du 15 août. Si, à Londres, le pavillon haïtien avait pu flotter, pourquoi n’aurail-il pas été admis à Trieste ?