Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/257

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


1845, on a vu paraître en France, un ouvrage où nous lisons ce qui suit, à propos de la mission de D. Lavaysse et de celle de Fontanges et Esmangart :

« Si l’on fût entré immédiatement dans la voie ouverte par notre agent (D. Lavaysse), il est probable que dans la situation où se trouvait alors la colonie (Haïti), on serait arrivé à la solution qui a été si vivement recherchée depuis, et que quelques esprits rêvent encore aujourd’hui. — Telle fut la mission de 1816. Entreprise deux années plus tôt, avant que la révolution politique des Cent-Jours fût venue, au dedans comme au dehors, ébranler la confiance qui renaissait en la légitimité, — on peut avancer hardiment qu’elle eût été couronnée de succès [1]. »

Quelle hardiesse, en effet, de la part de l’auteur de cet ouvrage ! Pour avancer une telle assertion, il a donc jugé des Haïtiens de 1814 d’après les hommes qui suivaient le drapeau blanc sous Jean François, Biassou et Toussaint Louverture ! Il n’a donc pas tenu compte de tous les événemens passés dans l’intervalle de ces deux époques !

N’est-ce pas le même auteur qui a écrit ces mots ? — « La combinaison astucieuse qui fit d’une perfidie la base de l’expédition de 1802, frappa la politique de la France d’un discrédit dont rien ne put la relever aux yeux des noirs[2]. »

Et les Haïtiens auraient eu plus de confiance en la

  1. Ètude et solution nouvelle de la question haïtienne, par M. Lepelletier de Saint-Rémy, tome 2, p. 20 et 23. Cet auteur a prouvé qu’il était « un de ces esprits qui rêvaient encore une solution en 1845, » pour une question déjà fort bien résolue en 1838. Dans son ouvrage, il a fait l’honneur aux Anglais et aux Américains, d’avoir été les instigateurs du refus de Pétion aux propositions des commissaires français, parce qu’il aura cru comme eux peut-être, que ce mulâtre n’avait pas assez de bon sens pour en juger par lui-même.
  2. Même ouvrage, t. 1er, page 193.