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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/250

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eux, c’étaient des actes de lése-philanthropie, d’hostilité envers l’Europe, de scission avec elle, qui lui donneraient le droit d’user de représailles, etc. « Si l’Europe vous jugeait par vos lois, elle serait loin de croire à votre gouvernement cette urbanité dont nous avons fait l’épreuve, et dont nous nous ferons un devoir de rendre compte. »

Et c’étaient d’anciens colons de Saint-Domingue qui faisaient de tels reproches aux Haïtiens ! C’était M. Laujon, auteur des deux brochures citées plus avant, qui les écrivait en qualité de secrétaire de la commission ! Il est vrai que l’adjonction du chevalier Hercule, de Ledué, etc. noir et mulâtres, prouvait que la France et ses colonies ne connaissaient plus le préjugé de couleur.

La lettre des commissaires avait piqué Pétion ; sa réponse du 2 novembre fut plus colorée que les précédentes.

« C’est de l’esprit dominateur des partis que la France a fait se succéder tour à tour dans cette belle contrée, leur dit-il, que l’arche sainte de l’indépendance d’Haïti, s’est élevée du sein de l’oppression et de l’injustice. En jurant de la maintenir, nous étions tout aussi loin de penser qu’elle affecterait l’autorité du Roi de France, que de l’idée de prévoir s’il triompherait un jour des Français, et qu’il ferait valoir contre nous des titres que nos armes ont détruits… Nous n’avons jamais craint d’être observés, et loin de perdre, nous ne pouvons que gagner, surtout si ces observations sont faites de sang-froid et sans passion ; c’est peut-être la raison qui nous a rendus si accessibles dans une cause aussi délicate…

En me mettant sous les yeux les art. 38, 39 et 44 de nos institutions, vous semblez nous jeter le gant, et vous