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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/244

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qui favorisait la liberté et l’indépendance de l’Amérique, parut à Mina comme la dernière station où il devait s’inspirer pour son entreprise. En rencontrant Bolivar au Port-au Prince, il se fortifiait par lui dans ses desseins.

La capitale de la République offrait en ce moment l’intéressant spectacle d’une réunion d’hommes de divers pays, y venant s’abriter à l’ombre de ses lois toutes favorables à la liberté, assistant à l’édification de ses nouvelles institutions et au témoignage de la confiance d’un jeune peuple qui remettait aux mains de son premier magistrat, les rênes du gouvernement de l’État pour toute la durée de sa vie. On y voyait, outre les commerçans étrangers, Mina et ses compagnons, Bolivar et plusieurs de ses compatriotes, des Français fuyant leur beau pays à cause des proscriptions de la réaction de 1815, et parmi eux, l’ex-conventionnel Billaud-Varenne qui trouva enfin un asile dans ses malheurs. Ce dernier et les plus éminens parmi les autres, voyaient Pétion assez souvent, parce que, dans la simplicité de ses mœurs républicaines, il était accessible à tous. Ils allaient admirer en lui, l’ami de ses concitoyens, le père de la patrie qui leur donnait refuge.

Il y avait réellement quelque chose de singulier à trouver en même temps à Haïti, un conventionnel qui avait voté la déchéance de Louis XVI, qui avait voté sa mort, un membre du fameux comité de salut public, — et des commissaires de Louis XVIII, qui venaient proposer à la République, née des idées et des principes révolutionnaires de la France, de renoncer à son indépendance et à sa souveraineté pour reprendre son ancienne condition de colonie sujette.