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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/227

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Sans doute, on peut objecter à cela que, par sa formation, sa composition, le sénat ne pouvait guère être désormais en opposition au Président d’Haïti ; qu’il devait au contraire être plus porté à le soutenir, puisque les sénateurs étaient nommés d’après le choix que le président faisait d’eux parmi les citoyens et plus encore parmi les fonctionnaires publics. Ce mode de nomination donnait, en effet, une grande influence au président sur le sénat, par l’espoir que ses membres devaient avoir d’obtenir de nouveaux emplois, après l’expiration de leurs fonctions sénatoriales.

Nous reconnaissons toute la valeur de cette objection, mais il n’est pas moins vrai que dans les dispositions de la constitution de 1846, se trouvait un germe de révolution ou d’oppression, selon les circonstances.

À notre avis, cette constitution n’était donc pas un modèle de perfection[1]. Néanmoins, si les hommes appelés à fonctionner dans les hautes positions législatives et exécutives se pénétraient bien de l’état réel du pays, rien n’eût pu empêcher cet acte de lui procurer tous les avantages désirables. Pour obtenir de tels résultats, dont la réalisation dépendait de tous les conservateurs, il aurait fallu que les pouvoirs politiques sussent se garder de toute présomption, et de toutes préventions les uns envers les autres ; car c’était le seul moyen de préserver la pa-

  1. Je sais que, parmi mes concitoyens, il y en a qui seront tentés de m’opposer à ce sujet la discussion soutenue, en 1842, sur le journal le Temps, à propos de la constitution de 1816. Mais d’abord, je puis déclarer ici que ce n’est pas moi qui soutins cette discussion ; que j’y adhérai cependant et j’y adhère encore, parce qu’il s’agissait de défendre la mémoire de Pétion de l’imputation « d’avoir glissé dans la constitution un absolutisme dominant et exclusif. » Ensuite, dans le n° 26 du Temps, du 4 août, l’auteur de cette discussion avait reconnu lui-même que cette constitution « avait des vices d’organisation, n’était point exempte d’imperfections. »