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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/215

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s’il y avait lien, de tous les faits de trahison, de malversation, de manœuvre pour renverser la constitution et d’attentat contre la sûreté intérieure de la République, et c’était toujours à la chambre de décider oui ou non, pour la poursuite des délits pardevant la haute cour de justice. — L’accusation admise entraînait suspension des fonctions du représentant, son acquittement l’y faisait rentrer.

Ainsi, par les conditions attachées à la nomination de ses membres, la chambre des représentons restait entièrement indépendante du pouvoir exécutif ; par les garanties et les immunités stipulées en leur faveur, cette indépendance était assurée. Formée de citoyens pris par les communes dans toutes les classes de la société, renouvelée intégralement tous les cinq ans, cette chambre concentrait dans son sein tous les élémens populaires du pays, et elle devait apporter dans l’exercice du pouvoir législatif les idées nouvelles qui se feraient jour à chacune de ces périodes, d’autant mieux que de jeunes hommes de 25 ans y seraient naturellement enclins.

On conçoit alors, et d’après nos observations présentées ci-dessus, que pour maintenir l’harmonie entre les grands pouvoirs de l’État, il faudrait, de la part du Président d’Haïti surtout, — des lumières, de la capacité, beaucoup de tact dans les affaires, un caractère conciliant, une prépondérance acquise par des antécédens honorables qui inspirassent une grande confiance en lui, une profonde estime pour sa personne.

Pétion était certainement dans ces conditions ; mais pouvait-on se flatter, espérer d’avoir toujours des hommes comme lui pour être chefs de l’État ? Et croit-on même que, s’il eût vécu davantage, il n’aurait pas perdu, en