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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/174

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président à Volant-Le-Tort, d’après le plan qu’il en avait tracé lui-même, pour faire de cette belle propriété si avantageusement placée, un lieu de plaisance, un palais où il irait se délasser de l’exercice du pouvoir, en donnant à ses concitoyens l’exemple d’un agriculteur dirigeant son domaine. Joignant l’agréable à l’utile, Pétion s’était plu à embellir ce séjour par des constructions appropriées au site élevé où il le fonda et à la demeure d’un chef d’État. On voyait dans le principal salon de cet édifice, écrits en lettres d’or, les noms glorieux d’Ogé, Chavanne, Pinchinat, Bauvais, Lambert, Rigaud, Toussaint Louverture, Villatte, tous issus de la race africaine et figurant avec honneur dans notre histoire nationale, à côté de ceux d’Européens qui se sont illustrés par leurs œuvres et par leurs sentimens en faveur de cette race : Ferrand de Baudière, Raynal, H. Grégoire, Wilberforce. Ce salon était encore orné des portraits de quatre grands capitaines de l’antiquité : Thémistocle, Alexandre, Annibal et César.

En inscrivant ainsi, dans sa demeure de prédilection, les noms de nos premiers révolutionnaires pour suppléer au manque regrettable de leurs images, et les plaçant à côté de celles de ces grands hommes, Pétion recommandait leur mémoire à la vénération de notre postérité ; et lui-même, par ce seul trait d’un esprit élevé, appréciateur du mérite, y eût acquis aussi des droits, si sa noble carrière ne lui en assurait pas de plus légitimes. L’achèvement de cette maison lui fournit encore une occasion de manifester ses sentimens ; il résolut de l’inaugurer par une brillante fête, en retour de celle qu’il avait récemment reçue des habitans de sa ville natale, et elle fut fixée à la veille de Noël. Les fonctionnaires civils et militaires,