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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/166

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commerciale pouvait produire. Non-seulement Pétion permit l’entrée du navire dans le port, — bien entendu sous le pavillon prussien, — mais il dit à Dravermann qu’il allait lui indiquer l’un des meilleurs négocians du Port-au-Prince pour être son cosignataire. C’était J.-F. Lespinasse qu’il fit appeler immédiatement, et à qui il recommanda de bien soigner les intérêts de son consigné. Le président ne pouvait faire un meilleur choix, et il donna des ordres exprès pour que la cargaison pût être débarquée sans retard. Bientôt il était le premier à s’approvisionner des objets qui la formaient, et à l’envi, chacun courut au magasin de Lespinasse : celui-ci procura une vente avantageuse à Dravermann et un prompt chargement de retour. Satisfait de son opération, il repartit pour la France et ne tarda pas, soit à revenir lui-même, soit à envoyer son navire encore chargé de vins et autres choses, d’après les renseignemens qu’il avait pris sur la place.

Dans le courant de la même année, deux autres navires arrivèrent au Port-au-Prince, sous pavillon masqué, l’un ayant de très-beaux bijoux, des montres, etc., l’autre, des livres et autres articles de librairie, de papeterie, etc., dont le débit fut très-profitable à leurs armateurs[1].

Ainsi, l’on pourrait dire que la France et Haïti se réconcilièrent, dès le jour où un Négociant français vint loyalement offrir à un Haïtien de vider ensemble un verre de vin de Bordeaux[2].

  1. Convaincu que ce commerce serait fructueux pour la France, et voulant l’encourager, Louis XVIII rendit une ordonnance, le 27 mars 1816, pour le réglementer. Les armateurs furent astreints à obtenir une autorisation spéciale du ministre de la marine pour chaque navire, en déclarant sous quel pavillon étranger il se présenterait à Saint-Domingue ; et, a la faveur de ce vieux nom, les denrées d’Haïti payaient les mêmes droits que celles des colonies françaises. Cette ingénieuse fiction politique profita aux deux pays.
  2. Pétion avait dit à D. Lavaysse : « Des navires marchands sont les meilleurs négociateurs que vous puissiez nous envoyer. »