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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/155

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morale, de la religion, de l’instruction publique, l’encouragement de l’agriculture et du commerce.


Pétion répondit à ce discours par celui qui suit :


xxxCitoyens Sénateurs,

L’expression des sentimens du Sénat, en m’élevant à la première Magistrature de la République, par le vœu de mes concitoyens dont vous êtes les organes, m’est d’autant plus agréable, qu’il justifie le zèle avec lequel je me suis sans cesse occupé de faire leur bonheur.

Vous retracer les époques marquantes de mon administration, est un devoir d’usage dans tous les gouvernemens. Dans le nôtre, c’est rappeler des actions communes à tous les citoyens de la République ; et la gloire qui en rejaillit sur le chef étant leur ouvrage, leur appartient autant qu’à lui-même. C’est dans cette idée que je la partage avec eux.

La bonté divine a permis que l’instant choisi par notre implacable ennemi, Henry Christophe, pour nous attaquer, fût celui d’une heureuse réunion entre le Sud et l’Ouest : réunion qui brillera dans nos annales à l’honneur de tous. Cet ennemi qui croyait trouver dans ses affreux projets une exécution facile, n’a rencontré qu’un mur d’airain contre lequel il est venu abaisser son front orgueilleux. Il s’est retiré couvert de honte, de rage et de confusion.

La loyauté, la bravoure, l’héroïsme, sont les traits les plus saillans du siège du Port-au-Prince. Que de hauts faits d’armes ! Que de grandes actions, d’efforts, de patriotisme et de courage n’a-t-il pas produits ! Que ne dois-je pas aux braves qui ont figuré dans cette occasion ! Rien n’a été perdu pour mon cœur : tout est gravé dans ma mémoire. C’est dans ce jour solennel, où je me plais à épancher mes sentimens, que je leur offre, avec la reconnaissance nationale, les éloges qu’ils ont si bien su mériter.

Ces éloges appartiennent aussi à nos frères de l’armée du Nord, qui, refusant de seconder le bras qui voulait nous écraser, se sont joints à la cause de la liberté. Cette conduite nous a donné la mesure de l’opinion publique dans le Nord, et a démontré que s’il est possible d’asservir un peuple, il ne faut souvent qu’un instant pour la chute d’un tyran.