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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/14

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Et dans la supposition même qu’il n’en fût pas ainsi, Christophe et ses barbares adhérens avaient-ils raison, en rendant solidaires des faits dont il s’agit, les hommes de couleur soumis à son autorité dans l’Artibonite et dans le Nord ? Avaient-ils raison de comprendre dans cette proscription cruelle, les vieillards, les femmes et leurs pauvres enfans ? Si ces nombreuses victimes, tombées sous le fer assassin des bourreaux, étaient coupables, toute la classe de couleur l’était également. En épargnant une partie de cette classe, cette conservation condamne irrémissiblement le funeste sort fait aux victimes ; et nul mulâtre ne devait être responsable des deux défections, non plus qu’aucun noir, par rapport aux noirs qui y furent compris.

Mais en singeant Toussaint Louverture, Christophe prouva qu’il n’était pas aussi conséquent que lui dans son système de meurtre, que sa fureur n’avait d’autre cause que la férocité de sa nature.

Toussaint Louverture, instrument des colons, fit assassiner surtout les hommes qui avaient marqué dans le cours de la révolution depuis 1791, pour la revendication de leurs droits contre le régime colonial. Comme ces hommes partageaient les idées et les principes de Rigaud et qu’il les redoutait, de même que ses conseillers, il les tua pour ne pas trouver en eux un obstacle au rétablissement de ce régime, qu’il effectua après ses succès dans la guerre civile : aussi n’épargna-t-il ni des hommes noirs anciens libres, tels que Christophe Mornet, etc., ni même des affranchis de 1793 qui avaient adopté les mêmes principes. Mais Toussaint Louverture ne fit tuer ni femmes ni enfans de la classe des mulâtres.