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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/139

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D’un autre côté, on voit que le gouvernement français lui-même s’engagea à unir ses efforts à ceux du gouvernement britannique, pour faire cesser la traite des noirs, comme contraire aux principes de la justice éternelle et aux lumières du XIXe siècle. Le Roi Très-Chrétien, et philosophe en même temps, condamnait donc et flétrissait cet infâme trafic de chair humaine, réclamé par les colons !

Dans un tel état de choses, les Haïtiens se montrant résolus à se défendre par tous les moyens en leur pouvoir, un de leurs chefs faisant en même temps des propositions acceptables et fondées sur l’équité, alors que la perfidie de la mission envoyée auprès de lui était dévoilée au monde civilisé et soulevait l’indignation dans tous les cœurs honnêtes : il était raisonnable d’espérer que le chrétien philosophe eût renoncé à l’idée de faire périr injustement, et ses propres sujets et les hommes qui avaient légitimement conquis tous leurs droits avec l’indépendance de leur pays.

Vain espoir ! Une expédition se préparait dans les ports de France contre Haïti ; on y mettait d’autant plus d’accélération, que des symptômes de mécontentement se manifestaient parmi les troupes de l’Empire qui regrettaient déjà leur Empereur. On les eût envoyées pour

    a continuer durant cinq années, la Grande-Bretagne avait aussi un droit de réserve, pour continuer un commerce fructueux et fondé sur les relations des peuples entre eux. Vendre des hommes ou les rendre esclaves, c’est violer les principes de la justice naturelle et ceux du christianisme, ainsi que la France l’avouait. Vendre des marchandises aux hommes qui n’en fabriquent pas eux-mêmes, c’est les assister selon le vœu du créateur de toutes choses.

    M. Lepelletier de Saint-Rémy a dit de l’article secret  : « Que c’est un chef-d’œuvre de diplomatie britannique. » Cela prouve, au contraire, que Talleyrand qui le signa comme ministre des affaires étrangères, et qui fut Évêque d’Autun, était plus chrétien que le Roi de France, Fils aîné de l’Église. — Son collègue Malouet ne se méprit pas sur la portée de la clause de réserve en faveur du commerce anglais ; il fit dés observations a Talleyrand, mais c’était trop tard.