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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/125

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premier magistrat déclara au monde, que « la France a perdu pour toujours ses droits sur Haïti. »

Certes, — et ce n’est pas nous qui le nierons, — Christophe ne fut pas moins déterminé que Pétion, à défendre les droits du pays. Il servit utilement sa cause, en saisissant les papiers de l’agent envoyé auprès de lui, en, faisant publier les instructions qui lui furent données par le ministre français ; car, sans cette saisie et cette publication, on n’eût pu croire aux prétentions absurdes de cet ancien colon, — de rétablir les choses a Haïti comme avant 1789, — au machiavélisme qu’il voulait employer pour parvenir à cet odieux résultat.

Mais, il restera toujours cette différence entre Christophe et Pétion : que si l’un et l’autre invitèrent les deux agents à venir auprès d’eux, du moins Christophe tendit un piège à Franco de Médina et le fit mourir sans nulle pitié, tandis que Pétion agit équitablement en renvoyant D. Lavaysse sain et sauf. Du reste, chacun de ces chefs procéda selon son naturel, ses lumières et les idées qu’il professait sur l’exercice du pouvoir : — l’un, employant toujours la violence qui mène au crime ; — l’autre, la modération qui conseille ce qui est juste et humain.

La connaissance acquise des vues et des desseins du gouvernement français sur Haïti, du but qu’il se proposait d’atteindre, mit toute la Nation haïtienne sur pied pour se préparer à la guerre, tant dans le Royaume que dans la République. Les chefs de ces deux États ne négligèrent rien à cet effet, et ils furent secondés par leurs lieutenans.

Pétion fit réimprimer les actes de 1804 à des milliers d’exemplaires qui furent envoyés dans les arrondisse-