Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/114

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Pour cette fois, pourront être admis (si Pétion et Borgella le jugent eux-mêmes convenable), dans la 1re classe, indistinctement tous les mulâtres anciennement libres de droit, ou nouvellement libres de fait, soit nés en légitime mariage, soit bâtards. Mais à l’avenir, ceux nés en bâtardise ne participeront pas aux avantages de ladite classe ou caste : ils seront restreints à la simple jouissance de l’homme de couleur libre avant 1789. Néanmoins, en se mariant dans la 1re classe, ces bâtards y feront entrer leurs enfans.

Le même principe devra être appliqué à la 2Me et 3Me classes.

(Viennent ensuite des dispositions combinées par rapport au mariage.)

Quant à la classe la plus considérable en nombre, — celle des noirs attachés à la culture et aux manufactures de sucre, d’indigo, etc., il est essentiel qu’elle demeure ou qu’elle rentre dans la situation où elle était avant 1789, sauf à faire des règlemens sur la discipline à observer, tels que cette discipline soit suffisante au bon ordre et à une somme de travail raisonnable, mais n’ait rien de trop sévère. Il faudra, de concert avec Pétion, aviser aux moyens de faire rentrer sur les habitations et dans la subordination, le plus grand nombre de noirs possible, afin de diminuer celui des noirs libres. Ceux que l’on ne voudrait pas admettre dans cette dernière classe et qui pourrraient porter dans l’autre un esprit d’insurrection trop dangereux, devront être transportés à l’île de Roatan ou ailleurs. Cette mesure doit entrer dans les idées de Pétion, s’il veut assurer sa fortune et les intérêts de sa caste ; et nul ne peut mieux que lui disposer les choses pour son exécution, lorsque le moment en sera venu… [1]

En résumé, ils ne promettront rien au-delà de ce qui va être énoncé, après avoir tout fait pour demeurer en-deçà :

1° À Pétion, Borgella et quelques autres (toutefois que la couleur les rapproche de la caste blanche), assimilation entière aux blancs, et avantages honorifiques ainsi que de fortune [2].

2º Au reste de leur caste actuellement existant, la jouissance des

  1. L’île de Roatan ou ailleurs, à Madagascar, par exemple, ou au fond de la mer ! C’était, de la part de Malouet, une réminiscence de la déportation des infortunés noirs-suisses, en 1791, contre laquelle Pétion, âgé de 21 ans, protesta de toute l’énergie de son âme. Cette île de Roatan est située dans la baie de Honduras, a 10 lieues de ces côtes.
  2. Par son teint, Borgella ressemblait à un blanc ; mais Pétion avait la couleur d’un brun foncé. Jugez donc de l’absurdité du projet du ministre-colon !