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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/93

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puissant que le vôtre m’est trop précieuse, pour que je ne saisisse pas toutes les occasions de la cimenter. Sensible aux désirs du Roi, votre maître, de répondre à mes attentions par des considérations particulières, il ne dépendra pas de moi que notre amitié et notre bonne intelligence ne soient jamais interrompues… »

La dernière phrase de cette lettre prouve que le gouverneur de la Jamaïque avait fait ces ouvertures, au nom et par ordre du gouvernement britannique ; et les bases d’un traité ayant été posées entre Corbet et le chef d’Haïti, quoique l’Anglais n’ait pas voulu ou pu conclure définitivement, il ne s’ensuit pas moins que ce fut, de la part de la Grande-Bretagne, une reconnaissance tacite de notre indépendance nationale ; car en faisant cette démarche, le général Nugent savait bien qu’elle avait été proclamée. La Grande-Bretagne n’avait, en effet, qu’à admettre le fait accompli ; il ne lui appartenait pas, non plus qu’à toute autre puissance, — la France exceptée, — de discuter le droit des Haïtiens à se constituer indépendans.

Le général Nugent n’approuva pas le projet d’arrangement convenu entre son envoyé et le gouverneur général d’Haïti. Le 31 janvier, il renvoya Corbet avec une lettre où il exprimait son regret à cet égard, en disant à Dessalines, que l’amiral Duckworth lui ferait savoir quels

    salines accordait à la Grande-Bretagne le privilège exclusif de la traite des Noirs à Haïti, c’est-à-dire de leur vente, pour en faire des soldats et non des esclaves. Dessalines disait, pour s’excuser de vouloir ainsi favoriser la traite, qu’elle n’en serait pas moins faite par les blancs pour peupler les colonies, et qu’il valait mieux avoir les noirs à Haïti comme soldats. Mais ses propres soldats haïtiens et les cultivateurs ont été si maltraités par lui, qu’il n’est pas à présumer que les noirs sortant d’Afrique eussent été plus heureux : la plupart auraient été placés sur les habitations.