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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/64

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d’adjudant. Sous peine d’encourir une immense responsabilité aux yeux du gouverneur général, Férou était contraint à cet acte de rigueur, et d’autant plus, que cet officier avait usé de son autorité pour effectuer son évasion sur une frégate anglaise : ce qui entraîna des difficultés avec le capitaine de ce navire[1].

Cet événement, et l’éveil même qu’il avait eu par les opinions émises pour l’expulsion des Français au lieu de leur massacre, portèrent le gouverneur général à se rendre dans le Sud, après avoir séjourné peu de jours au Port-au-Prince, à Léogane et à Jacmel. Il était rendu aux Cayes au commencement de février.

Arrivé là, il eut connaissance d’un acte singulier émis par le général Gérin, le 18 brumaire an XII (10 novembre 1803). C’était une proclamation qu’il s’était permis de faire, en l’absence du général Geffrard qui marchait alors avec la division du Sud pour se porter contre le Cap, et qui dut aller éteindre une insurrection dans les montagnes de Jacmel : Gérin commandait le Sud en ce temps-là. Sa proclamation contenait « des instructions générales pour le service militaire, celui de la marine et de l’administration civile du département du Sud. » Par cet acte, Gérin décelait sa manie de vouloir tout réglementer, selon la bizarrerie de ses idées. Il est clair que Dessalines étant alors général en chef de l’armée, Gérin n’avait aucun droit de prendre de telles mesures, à son insu, et sans même lui en avoir donné avis ensuite.

Le gouverneur général ne pouvait laisser subsister un tel acte qui contrariait d’ailleurs ses vues administratives ;

  1. La frégate le Tartare, commandée par Perkins. Dix matelots de son bord furent saisis en ôtage, pour le contraindre à livrer cet officier ; mais Férou lui laissa la faculté d’emmener trois autres Français.