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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/49

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traité, non comme ennemi, mais comme homme sans défense. Qu’importait au peuple d’Haïti, vainqueur de l’armée française, que, durant l’occupation de la colonie, elle eût exercé des atrocités inouies ? Il ne fallait pas imiter ces excès : l’humanité, toujours d’accord avec la bonne politique, commandait une autre conduite.

La raison d’Etat exigeait, sans nul doute, que les Français fussent déclarés inhabiles à faire partie de la société haïtienne. Le passé des quatorze années écoulées depuis 1789 avait prouvé la perversité des colons, le machiavélisme inhumain des agents de la métropole, semant la division entre les hommes de la race noire, pour mieux les dominer et rétablir leur servitude : il était à craindre et à présumer que les mêmes manœuvres se renouvelleraient dans le pays, si l’on admettait les Français comme citoyens du nouvel Etat. Mais on aurait dû alors expulser tous ceux qui étaient restés après l’évacuation des troupes françaises. Et lorsqu’on considère que la plupart n’avaient pris le parti de rester, que par les promesses de protection qui leur furent faites, leur massacre résolu dans la proclamation du général en chef devient encore plus blâmable.

Certes, on peut dire pour son excuse, et non pas sa justification, que Dessalines n’a agi ainsi que par imitation des actes déloyaux émanés de la métropole même, de ses agents barbares, — par représailles des crimes innombrables commis sous toutes les formes les plus hideuses, par ces hommes qui se vantaient de leur antique civilisation ; mais nous l’avons déjà dit : — les représailles sanglantes, comme les crimes qui les provoquent, sont du domaine de la barbarie. Nous maintenons cette appréciation que l’humanité nous a dictée.