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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/465

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Il est évident que cet auteur n’a fait que reproduire les plaintes de Christophe, consignées dans sa proclamation, à la seule différence que celui-ci fait entendre assez clairement que c’est de Pétion qu’il parle, et de quelques autres citoyens alors au Port-au-Prince, et qu’il désigne comme des ambitieux et des ennemis du pays, qui, selon lui, ont envoyé des émissaires dans l’Artibonite (et non dans le Nord : ambitieux qu’il a nommés dans sa proclamation du 24 décembre) ; tandis que M. Madiou parle d’émissaires du Sud qui auraient aussi concouru à cette œuvre déloyale. Le Sud, agité dans son propre sein, devenu un chaos indébrouillable, même pour Christophe, aurait songé à envoyer des émissaires dans le Nord pour y semer la discorde et l’insubordination ! S’il y avait quelqu’un, dans ce département, qui eût pu concevoir une telle idée, c’aurait été Gérin ; mais a-t-il été cité parmi les autres ambitieux ? Nous produirons bientôt cette proclamation du 24 décembre, et voyez d’ailleurs que, dans sa lettre du 19, Christophe en fait l’éloge[1].

Mais disons : quelle foi la postérité, qui juge les hom-

    n’avaient pas le cachet d’une Providence bienfaisante, comme celle qui débrouilla le chaos du monde.

  1. Ce qui n’est qu’allégations de la part de Christophe, intéressé à accuser ses adversaires, deviendrait faits avères dans l’Histoire d’Haïti. Elle dit encore que Férou mourut en décembre, il n’est mort que le 16 janvier 1807 ; qu’avant sa mort, il avait nommé Bergerac Trichet adjudant-général. Le 25 janvier, le Sénat qualifia cet officier de chef de bataillon, en l’élevant au grade de colonel : donc Férou n’avait pas fait ces qui fut rapporté à Christophe et qui contribua à l’aigrir, à accroître sa défiance. (T. 3, p. 359.) Il eut tort de donner sa confiance seulement à des espions, à des flatteurs.

    Si nous ne critiquons pas nos traditions populaires, auxquelles il nous faut souvent recourir pour notre histoire nationale ; si nous ne faisons pas la part de l’exagération et des passions qui se produisent dans les documens, nous nous exposerons à fausser le jugement de nos lecteurs. C’est par ce motif que j’ai critiqué les notes d’Inginac, malgré toute l’estime que j’ai eue pour lui. La vérité avant tout !