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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/444

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faut se pénétrer du caractère de cet homme, de ses sentimens de bienveillance envers tous ses semblables. Il éluda l’exécution de l’ordre que Christophe lui fit donner.

Dans ces momens-là, tout le 3e bataillon de la 20e demi-brigade déserta du Mirebalais et arriva au Port-au-Prince : nouvel embarras pour Pétion. Ce bataillon avait reçu l’ordre du général J.-P. Daut, d’aller relever un autre de la 10e, qui était en garnison à Las Caobas. Daut s’était aperçu de quelques désertions partielles dans cette troupe, il voulut l’éloigner pour ce motif ; et il y en avait aussi dans la 10e.

Pour comprendre la cause de ces désertions, indépendamment des rigueurs exercées par ordre de Christophe, il faut savoir que, sous Toussaint Louverture, la 10e tenait garnison au Port-au-Prince et à la Croix-des-Bouquets ; et que, sous Dessalines, pendant quelque temps, il en fut de même pour le 3e bataillon de la 20e : de là vint que ces deux corps reçurent dans leurs rangs beaucoup déjeunes gens du Port-au-Prince et de la plaine qui entoure la Croix-des-Bouquets. Ces militaires, apprenant la désertion de ceux de la 4e, les imitèrent et se rendirent au foyer paternel, au lieu de leur naissance.

Dans l’armée haïtienne, qui n’est pas organisée en tous points comme celles des autres pays, ce sera toujours une considération à garder par un gouvernement intelligent : le soldat de cette armée est attaché à ses habitudes d’enfance, de jeunesse ; il aime à voir souvent le toit de chaume qui abrite sa famille des intempéries du temps, à recevoir les soins de ses parens.

Tant pis pour Christophe qui n’avait pas un cœur assez bienveillant pour comprendre ces affections de la na-