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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/441

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avait émis sa circulaire, il ne pouvait pas la rétracter. Pour user de sa propre influence sur l’assemblée, il eût fallu venir s’installer au Port-au-Prince durant ses travaux. Il était le chef du gouvernement, il avait droit de le faire. Mais le Pont-Rouge ne pouvait plus être traversé qu’à la tête d’une armée : en amener une, c’aurait été déceler ses desseins, après qu’il eût invité Gérin et Pétion de renvoyer les troupes du Sud et de l’Ouest à leurs cantonnemens, pour faciliter l’œuvre constitutionnelle dans le calme de la méditation ; il fallait qu’il fût conséquent avec lui-même. Restait un moyen à employer pour parvenir à ses fins, c’est celui dont il usa. Chaque paroisse envoyant un député à l’assemblée, il y en aurait 33 pour les deux divisions du Nord et la 1re de l’Ouest, contre 23 pour la 2e division de l’Ouest et les deux du Sud : en influençant le choix des électeurs, comme il le recommanda d’ailleurs à tous les généraux, il se persuadait d’avoir la majorité des voix dans l’assemblée et d’y faire passer la constitution telle qu’il le désirait. Elle fut préparée de suite par Rouanez jeune, qui rédigeait tous ses actes.

Arrêtons-nous un instant à ce plan parfaitement combiné, et parlons d’autres faits avant de dire comment il fut déjoué.

Les derniers procédés de Dessalines envers le commerce étranger, joints à l’assassinat de Thomas Thuat, avaient porté un tel préjudice aux relations du pays, que Christophe sentit la nécessité, en sa qualité de chef du gouvernement, de rassurer les étrangers sur ce qu’ils avaient à attendre désormais en venant à Haïti. Le 24 novembre, il publia une proclamation fort bien conçue et rédigée dans ce but. On y remarque ces passages :

« Si un système défavorable aux progrès du commerce