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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/435

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Nous insistons sur la nécessité de produire les faits de notre histoire nationale, avec impartialité envers tous nos ; devanciers ; mais aussi avec un esprit investigateur, pour faire apprécier leur conduite et nos propres jugemens à leur égard, parce que nos œuvres historiques ne sont encore que de vrais essais, et que ce serait exposer la jeunesse de notre pays à s’égarer dans la voie qu’elle doit suivre.

Venons au fait. Si Lamarre fut réellement dégradé, il reste prouvé que Pétion n’usait pas de l’arbitraire dont Christophe l’accusait, que la loi militaire était son guide. Mais il est vrai que Pétion avait écarté de leurs commandemens, révoqué de leurs fonctions militaires, et non cassé, dégradé, plusieurs officiers supérieurs, — les colonels Frontis et Apollon, les chefs de bataillon Bédouet et Michel Tendant, peut-être d’autres encore, tels que le colonel Thomas Jean, de la 3e, — parce qu’ils n’avaient point adhéré à l’insurrection contre Dessalines, à la révolution opérée par sa mort.[1] On les aurait laissés à la tête de leurs corps respectifs avec de semblables dispositions !

Ils s’honoraient, sans doute, en restant fidèles à la personne de Dessalines ou à son pouvoir, si telles étaient leurs convictions. Mais il est une loi suprême pour toute révolution qui s’accomplit, et elle est forcée de la subir pour obtenir et garantir son succès : — c’est d’écarter de leurs positions tous fonctionnaires qui n’adhèrent pas franchement à un tel mouvement politique.[2] Ce qu’on

  1. « Si j’ai opéré le changement de certains officiers, c’était pour éloigner des hommes dangereux dont les projets visaient à la désunion, et qui avaient perdu la confiance du soldat à notre prise d’armes ; j’ai laissé agir les lois pour la punition de quelques autres qui s’étaient rendus coupables. » — Extrait de l’écrit publié par Pétion, le 17 janvier 1807.
  2. En Europe, nous avons assisté à une révolution, et nous avons pu observer des faits semblables : d’où nous concluons que c’est une loi suprême pour