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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/434

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Il nous faut encore le défendre d’une autre accusation non fondée, que nous trouvons ainsi rédigée :

« Christophe avait fait dire à Pétion, par son aide de camp Doria qu’il avait expédié auprès de lui, qu’il avait eu tort de casser plusieurs officiers supérieurs dûment brevetés, sans les avoir fait juger par un conseil spécial ; qu’il aurait dû ramener ces militaires dans les bonnes voies, par la douceur, afin qu’ils pussent être utiles un jour à leur pays ; que la justice du gouvernement voulait tout oublier pour ne voir dans les militaires et les citoyens, que les enfans d’une même famille. En effet, ajoute l’auteur de l’Histoire d’Haïti, un brevet d’officier délivré par un chef d’État à un militaire, devient la propriété de celui-ci, et ne peut lui être enlevé que par un jugement portant dégradation.[1] »

Nous nous réunissons à la doctrine de cet auteur, puisque nous l’avons professée déjà maintes fois dans le cours de notre ouvrage. Mais, lorsqu’on écrit l’histoire, on doit s’assurer de l’exactitude d’une assertion produite par un personnage contre un autre, afin de mettre le public qui vous lit à même de juger l’accusé, et c’est ce qui n’est pas dans ce passage.

Le même auteur affirme que Lamarre fut condamné à être dégradé… par jugement d’une commission militaire, et non par Pétion. Cependant, en lisant le passage que nous venons de transcrire, on dirait que Christophe était fondé à reprochera Pétion un abus de pouvoir à cet égard. Était-il encore fondé à parler de la douceur, comme moyen de ramener les militaires dans les bonnes voies, après tant de rigueurs signalées de sa part ?

  1. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 355.