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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/419

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d’autres moyens que ceux de la persuasion, de la modération ? Ces acclamations chaleureuses des troupes qui l’accueillirent à son arrivée dans les casernes, qui le saluèrent lorsqu’il en sortit, ne parlent-elles pas assez éloquemment, pour prou ver l’influence de la raison sui l’esprit des hommes, et ce que peuvent aussi d’honorables antécédens sur leurs cœurs ? Mollissait il en présence de cette mutinerie soldatesque, quand il disait à ces troupes, que la solde qu’elles avaient reçue était ordonnée ainsi par le chef du gouvernement ; qu’elles lui devaient une obéissance absolue ? Mais en même temps, en leur parlant de leurs droits dont il leur promettait d’être toujours le défenseur, pour mieux calmer cette effervescence passagère, était-ce un moyen indigne de l’autorité dont il était revêtu ? Le soldat haïtien n’avait-il pas des droits comme tous les autres citoyens du pays ? Qui venait tout récemment de faire triompher la liberté sur la tyrannie, les droits du peuple contre les injustices violentes du gouvernement renversé, n’étaient-ce pas les soldats de l’armée ?

Christophe pouvait méconnaître ces services rendus à la patrie, parce que ses procédés tendaient à reconstituer la tyrannie de Dessalines. Gérin a pu les oublier un instant, parce qu’il procédait aussi par despotisme. Mais Pétion ne pouvait que se les rappeler sans cesse, parce que son but, en concourant à abattre Dessalines, n’était pas seulement de soustraire sa tête aux licteurs d’un tel dictateur ; mais de fonder réellement la liberté et l’égalité dans son pays. Aussi, son cercueil fut-il arrosé des larmes du peuple à ses funérailles, tandis que Christophe et Gérin ne reçurent pas même les honneurs funèbres.


Cependant, après avoir cité les faits relatifs à Christo-