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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/417

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trouvait le lieutenant Solages[1] ; il les livra à un conseil spécial présidé par Borgella, qui remplissait les fonctions de chef d’état-major de l’armée du Sud. Il prétendait obtenir le même résultat que Christophe, à l’égard du grenadier du Nord ; mais Borgella porta le conseil à les acquitter, et Gérin n’en devint que plus fort avec cette vaillante troupe, pour maintenir l’ordre. Car, la résistance courageuse et intelligente de son chef d’état-major lui avait fait comprendre que, dans ces circonstances, une extrême rigueur, même fondée sur la loi, serait plus funeste que profitable à son autorité et à la chose publique.

Dans l’Ojest, au Port-au-Prince, les 11e et 12e demi-brigades se mutinèrent aussi pour avoir reçu une paye de deux gourdes et demie par soldat, en prétendant qu’on devait leur donner cinq gourdes, comme à la mort de Dessalines. En vain le général Yayou fut-il aux casernes pour les faire rentrer dans le devoir : il fut hué. Pétion s’y rendit, et à son aspect les soldats poussèrent le cri enthousiaste de : Vive le général Pétion ! « Mes camarades, leur dit-il, si vous n’avez reçu que deux gourdes et demie, c’est d’après les ordres du général en chef Christophe, auquel vous devez une obéissance absolue ; mais, d’une autre part, soyez convaincus que ma voix se fera toujours entendre, toutes les fois qu’il s’agira de défendre vos droits. » Il sortit des casernes, au milieu des acclamations des troupes[2]. »

En produisant ces divers faits, nous mettons le lecteur à même d’apprécier les difficultés qui s’offraient au pou-

  1. Solages, devenu général de brigade, le même qui commandait l’avantgarde de l’armée du Sud, et qui accueillit Pétion vers le Tapion ; l’un des plus braves, des plus dignes officiers de la République d’Haïti.
  2. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 349.