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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/41

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notre pays : le jour est arrivé, ce jour qui doit éterniser notre gloire, notre indépendance.

S’il pouvait exister parmi nous un cœur tiède, qu’il s’éloigne et tremble de prononcer le serment qui doit nous unir !

Jurons à l’univers entier, à la postérité, à nous-mêmes, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination ! De combattre jusqu’au dernier soupir pour l’indépendance de notre pays !

Et toi, peuple trop longtemps infortuné : témoin du serment que nous prononçons, souviens-toi que c’est sur ta constance et ton courage que j’ai compté, quand je me suis lancé dans la carrière de la liberté pour y combattre le despotisme et la tyrannie contre lesquels tu luttais depuis quatorze ans. Rappelle-toi que j’ai tout sacrifié pour voler à ta défense, parens, enfans, fortune, et que maintenant je ne suis riche que de ta liberté ; que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l’esclavage, et que les despotes et les tyrans ne le prononcent qu’en maudissant le jour qui m’a vu naître. Et si jamais tu refusais ou recevais en murmurant les lois que le génie qui veille à tes destins me dictera pour ton bonheur, tu mériterais le sort des peuples ingrats.

Mais, loin de moi cette affreuse idée. Tu seras le soutien de la liberté que tu chéris, l’appui du chef qui te commande.

Prête donc entre ses mains le serment de vivre libre et indépendant, et de préférer la mort à tout ce qui tendrait à te remettre sous le joug. Jure enfin de poursuivre à jamais, les traîtres et les ennemis de ton indépendance.

Fait au quartier-général des Gonaïves, le premier janvier mil huit cent quatre, l’an premier de l’indépendance.

Signé : J. J. Dessalines.

Pendant la lecture de cette proclamation, à l’appel fait aux généraux et autres chefs qui l’entouraient, Dessalines, eux et les troupes prêtèrent le belliqueux serment qu’elle contient : ils le firent avec enthousiasme, avec cette mâle résolution qu’ils avaient mise à défendre la liberté de tout un peuple, de toute une race d’hommes voués jusqu’alors à l’infamie de la servitude. Et à l’appel