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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/381

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ble en rapport avec celui qu’ils lui avaient tenu eux-mêmes ; il ne montra aucune prétention à s’arroger une autorité exorbitante, réservant à la constitution projetée de la fixer, ainsi que l’entendaient les révolutionnaires. Comme il avait toujours existé, entre lui et Pétion, plus de familiarité et d’échange de bons procédés, qu’entre lui et Gérin, il n’est pas étonnant qu’il traitât ce dernier de général et l’autre de camarade ; il est même probable qu’antérieurement, c’était de ce terme, pris dans le sens d’ami, qu’il se servait envers Pétion. Ces lettres et l’acte d’adhésion furent expédiés de suite au Port-au-Prince.[1]

Quoique ces deux généraux lui eussent écrit ; officiellement pour l’informer des événemens accomplis et de sa nomination, le conseil des officiers supérieurs avait jugé qu’il était encore convenable d’envoyer auprès de lui une députation dans le même but. L’adjudant-général Bonnet, chef de l’état-major de la 2e division de l’Ouest, fut désigné pour la présider, et ce choix indique l’influence qu’exerçait Pétion dans ces circonstances. Personne, d’ailleurs, n’était plus apte que Bonnet à remplir une telle mission, tant sous le rapport de la dignité qu’il fallait y mettre, que sous celui de la capacité, du jugement et du courage personnel, lorsqu’il allait pour déclarer dans tous les lieux où il passerait, qu’on était bien résolu à se donner une constitution et des lois qui pussent garantir à la nation entière tous les droits de l’homme dans la société civile, et qu’il devait en même temps pressentir les idées de Christophe à cet égard.

« On ne pouvait mieux choisir que Bonnet pour remplir cette mission délicate, et même périlleuse, à cause

  1. Christophe les fit imprimer et répandre dans le Nord et l’Artibonite, en envoyant des exemplaires aux deux généraux.