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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/377

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voyait aussi à Laveaux, en le déportant par son élection au corps législatif.

Mais, deux jours après sa lettre, le 25 octobre, ayant reçu les lettres de Gérin et de Pétion, et les actes qu’ils lui adressèrent, c’était un autre langage. Il était à Milot, devenu son fameux Sans-Souci ; il y fit venir les autorités civiles et militaires du Cap, pour leur donner connaissance de ces pièces, afin de prendre une résolution qu’on devine d’avance. Voici l’acte qui sortit de cette assemblée :


Aujourd’hui, 23 octobre 1808, an 3e de l’indépendance.

Nous, soussignés, sur l’invitation à nous faite par le général en chef ;

Nous nous sommes rendus au quartier-général de Milot, à l’effet de prendre connaissance des dépêches qui lui ont été adressées par LL. EE. les généraux commandant les divisions du Sud et la 2e de l’Ouest ; où étant, il nous a été donné lecture, etc., etc.

Après avoir mûrement réfléchi sur le contenu des lettres et de la déclaration précitée, ainsi que sur les motifs qui ont déterminé l’armée susdite à se réunir contre la tyrannie sous laquelle nous gémissions, nous restons pénétrés de reconnaissance pour le courage et l’énergie qu’elle a montrés en écrasant la tête de l’hydre qui allait nous dévorer. Trompés par les fausses protestations de protéger et d’assurer notre liberté, de respecter nos droits ; à peine avions-nous donné notre adhésion pleine, franche et loyale aux mesures conservatrices qu’on nous annonçait, que le plus dur despotisme, la tyrannie la plus révoltante ont pesé sur nous.

O joug affreux et désespérant ! Enfin, il est brisé !

Les mêmes sentimens qui ont porté nos frères du Sud et de l’Ouest à cet acte répressif, nous animent tous ; et comme eux, nous avons senti que nous ne pouvions mieux placer le salut de notre pays, qu’en déférant au général Henry Christophe, les rênes du gouvernement, sous quelque dénomination que ce puisse être.

Nous nous sommes empressés de lui manifester nos vœux à cet égard, et après nos vives sollicitations, il a adhéré. Il ne nous reste maintenant qu’à nous féliciter sur un avenir plus doux. Sous la protection des lois sages qui vont être faites et sous leur entière exécution, ce