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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/375

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En même temps qu’il appelait auprès de lui Romain et Dartiguenave, le 19 octobre, Christophe adressa une lettre à Pétion, qu’il lui fit porter par deux officiers, et où il lui disait qu’il était inquiet sur son sort, qu’il attendait impatiemment des renseignement sur la mort de Dessalines. Cette préoccupation se rattachait à leur projet avec Geffrard, dont il voyait un résultat identique ; et par l’intérêt qu’il manifestait à Pétion pour sa personne, il voulait lui dire : « Soyez fidèle à votre promesse, si vous avez survécu au drame consommé. »

Afin de s’attacher les troupes, il fît payer et habiller celles du Nord et écrivit au général Vernet d’agir de même envers celles de l’Artibonite. Tous les magasins de l’Etat, dans les chefs-lieux de division, étaient pourvus d’habillemens confectionnés par ordre de Dessalines, et il ne voulait pas les faire délivrer à ces malheureux soldats qui étaient nus ! Les caisses publiques avaient, des sommes importantes, et il ne voulait pas les payer ! Au Port-au-Prince seul, il y avait un million de piastres.

Nous avons produit la lettre de Pétion à Madame Dessalines ; produisons aussi celle que lui adressa Christophe, le 21 octobre, avant d’avoir appris qu’il eût été nommé chef provisoire du gouvernement : la postérité a besoin de comparer.


Il serait difficile à mon cœur, ma chère commère, de vous exprimer la sensation que j’ai éprouvée en apprenant la nouvelle des troubles qui ont eu lieu, et surtout l’attentat inouï qui a été commis sur la personne de S. M. l’Empereur, votre époux ; mon inquiétude est sans égale sur son sort. Je n’ai pu parvenir à avoir aucun détail certain sur ces malheureuses affaires ; j’ignore absolument les chefs des insurgés, leur plan et leur but ; je ne puis encore penser qu’ils aient osé tremper leurs mains dans son sang. De crainte que l’insurrection