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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/358

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Port-au-Prince, le détestaient encore plus que Dessalines même. Il est vrai qu’une députation de cultivateurs avait demandé sa mort dans la nuit précédente : son exécution ne put être ordonnée que par les généraux réunis[1].

« Le 18 octobre, un Te Deum fut chanté, dit la Relation de la campagne, pour célébrer cette mémorable journée (celle du 17) qui a vu finir la tyrannie et renaître la liberté. » Hélas ! c’était plutôt une espérance qu’une réalité, avec le nouveau chef qu’on avait reconnu.

Ce même jour, ou peut-être la veille, le 17, on rédigea l’acte intitulé Résistance à l’Oppression, qui fut antidaté cependant du 16. Nous le disons ainsi, parce qu’un passage de cet acte le prouve : ce n’est pas d’ailleurs avant la mort de Dessalines, que les hommes d’action qui dirigeaient l’insurrection auraient pensé à écrire. Voici cet acte :


Une affreuse tyrannie, exercée depuis trop longtemps sur le peuple et l’armée, vient enfin d’exaspérer tous les esprits et les porter, par un mouvement digne du motif qui le fit naître, à se lever en masse pour former une digue puissante contre le torrent dévastateur qui le menace.

Un complot, ourdi dans le calme et la réflexion, allait bientôt éclater ; les hommes susceptibles de penser, ceux capables enfin de faire triompher les sublimes principes de la vraie liberté, dont ils sont les défenseurs, devaient disparaître pour toujours ; une marche rapide vers la subversion totale, effrayait déjà même l’homme le plus indifférent : tout semblait annoncer que nous touchions au moment de voir se renouveler ces scènes d’horreur et de proscription, ces cachots, ces gibets, ces bûchers, ces noyades dont nous étions les tristes et malheureuses victimes, sous le gouvernement des Rochambeau, des Darbois, des Ferrand, des Berger, etc., etc., etc.

  1. Jean-François Germain étaient les vrais noms de ce général, plus connu sous ceux de Germain Frère : il était âgé alors de 35 ans.