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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/354

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voirs envers la société ; — qu’il n’avait point respecté le droit sacré de la propriété ; — qu’il avait usé de procédés arbitraires envers les personnes ; — qu’il avait tenu en divers lieux un langage qui attestait que ces violences de sa part étaient autant de provocations à la révolte, pour trouver une occasion de décimer les populations, de répandre le sang de ses concitoyens.

Mais son renversement du pouvoir n’était possible que par une révolution violente aussi ; car un chef puissant, comme l’était Dessalines, ne pouvait être jugé régulièrement ; et même de tels jugemens, quand ils ont lieu, ne sont que des assassinats juridiques. Pour l’abattre, il fallait lui tendre le piège où il est tombé. Là encore, comme il a tenu à peu de chose qu’il terrorisât les troupes, par son intrépidité, par la crainte et le respect qu’il imposait !


Lorsqu’un chef aime mieux employer la crainte, la terreur, que la conviction et la bienveillance, pour gouverner ses concitoyens, s’il vient à tomber par un attentat sur sa personne, les esprits qu’il avait comprimés, les âmes qu’il avait humiliées, se déchaînent alors pour se venger inhumainement de toute la peur qu’ils avaient eue sous son gouvernement ; ils s’acharnent contre ses restes, contre sa mémoire ; il n’est plus qu’un tyran aux yeux de tous, et on lui dénie même ce qu’il a pu faire de bien pour son pays, malgré ses défauts, ses fautes, parce que les passions du moment sont aveugles dans leur fureur.

Ce serait à ceux qui ont dirigé la vengeance populaire, à empêcher que des excès inutiles ne fussent commis après la chute du tyran ; mais eux-mêmes, ils ne croient pas le pouvoir toujours, car la multitude qui les applau-