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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/345

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Moreau la veille, ne purent guère lui parvenir à Marchand que du 12 au 13 ; il en fui sans doute de même de celles de Gérin, de Lamarre, de Yayou et de Pétion, écrites postérieurement et successivement[1]. Bien qu’il eût appris ensuite, que les officiers de la 13e demi-brigade avaient réclamé la solde pour eux et leurs soldats, il dut se reposer sur ces officiers supérieurs, puisqu’ils se montraient tous disposés à marcher à la tête des troupes pour réprimer cette révolte. C’est ce qui explique la confiance que montra Dessalines en cette occasion, au point de ne partir que le 15, avec son état-major et son escorte ordinaire, comme il en avait du reste l’habitude. Il ordonna cependant aux 1er et 2e bataillons de la 4e demi-brigade, qui étaient à Marchand, de se mettre en route dès son départ, comptant d’y rallier le 3e bataillon qui se trouvait à Saint-Marc.

En apprenant cette nouvelle, il s’était écrié : « Je veux que mon cheval marche dans le sang jusqu’au poitrail ! » Idée barbare qui exprimait bien l’état de son âme, les malheureuses dispositions de son cœur, mais dont la réalisation était subordonnée à la volonté d’un Etre plus puissant que lui.

Il confia le commandement de la ville impériale au général de division Vernet, ministre des finances, secondé du général Cangé, et se mit en route, après avoir avisé le général en chef H. Christophe de l’événement, qui dut réjouir son cœur ; car Christophe voyait enfin arriver ce qui avait été l’objet de ses désirs ardents : aussi se prépara-t-il aussitôt à se débarrasser de l’homme qui

  1. Cette opinion que nous émettons ici semble confirmée pour toutes, par la réponse de Dessalines à Pétion, du 13, citée dans une note du chapitre précédent.