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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/325

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appel ? Pouvait-il refuser cette mission providentielle, par la crainte du renouvellement des horreurs commises en 1800 dans ce département héroïque ? Quel que dût être intérieurement son profond regret, de tirer l’épée contre Dessalines qui lui avait sauvé la vie à cette époque, son devoir actuel ne l’emportait-il pas sur sa reconnaissance personnelle ? Pour être ministre de l’empereur, cessait-il d’être citoyen, et ce titre de citoyen n’est-il pas le premier dans la hiérarchie civile et politique ? Quoi ! Gérin aurait servi les passions, la haine, la cruauté sauvage de Dessalines, contre des hommes tels que Wagnac, Papalier, Bourdet, Voltaire, Lafrédinière, Racolier, Francisque, Véret, Férou et d’autres qui concoururent avec Geffrard et lui, à assurer le triomphe de l’indépendance nationale dans ce département ! Et ils auraient vaincu les tyrans d’outre-mer, pour subir la tyrannie d’un chef qu’ils avaient élevé sur le pavois !

Non, ce n’était pas possible ! Gérin devait agir comme il a fait. La parole de Madame Abel, c’était le cri de la Patrie rappelant à ce brave défenseur de la Liberté, qu’il avait un nouveau devoir à remplir.

Sa résolution prise, Gérin demande son cheval et se rend avec Francisque et Véret à l’Ànse-à-Veau. À son arrivée dans ce chef-lieu de la deuxième division du Sud, il fut accueilli avec enthousiasme par le général Vaval, le colonel Bruny Leblanc, la 15e et la 16e demi-brigades. Il harangua ces corps au cri de Vive la liberté ! et ordonna

    tervention de Madame Racolier, née Lauraine Cambri, dans une réunion des insurgés du Port-Salut au carrefour Gauvin, pour les exciter à poursuivre leur projet, comme fit Madame Abel envers Gérin ; mais il ne mentionne pas le fait de cette dernière, que nous avons puisé dans les notes de Glézil qui, lui, ne parle pas de l’autre.